La famille maudite … impôt, taxe, contribution …

La famille maudite … impôt, taxe, contribution …

L’impôt n’a pas bonne presse et ne l’a t-il pas toujours été sous nos cieux ?

Il est vrai que ce mot est mal né : il vient du latin « impositum », c’est-à-dire « ce qui est imposé » et la contrainte est toujours subie avec difficulté. Sa cousine, la taxe n’a rien à lui envier avec son ancêtre latin « taxatio » qui signifie « estimation ». Dans cette famille, traine la taxation d’office, toujours sinistre, la « surtaxe » qui abuse sans vergogne, et rode le contrôleur fiscal qui n’est jamais en joie semant la crainte comme hier le passage de l’Ankou dans nos chemins creux.

La violence de la taxe.

Nous pouvons découvrir au cœur du verbe « taxer » toute la violence concentrée probablement ressentie inconsciemment par nos concitoyens : « taxer » c’est soumettre à une imposition, frapper une transaction d’une taxe, mais aussi en français familier extorquer de force et voler. Ce même mot signifie attaquer, blâmer, charger, accuser, traiter selon nos bons académiciens qui suggèrent en final le rattachement de cette cousine au mot « taille » qui porte malheureusement aussi en lui une série d’images de réduction comme « coupe, élagage, émondage, étêtage ». Cette famille est inscrite dans une sorte de malédiction car ces mots disent le prélèvement, la préhension d’une richesse acquise souvent par l’effort.
Les mots créent le monde, et devant l’impôt, nombreux sont ceux qui ont envie de « tailler » la route. Mais, si vous espérez échapper à l’emprise de cette famille, il faudra un jour vous mettre à table, pour parler de l’assiette fiscale à l’un des cousins. Il vous signifiera le redressement qui m’a toujours évoqué la maison du même nom, jadis, pour les jeunes délinquants.

Un membre de cette famille essaie de changer le monde : la « contribution ».

Elle semble être cet acte presque volontaire du « contribuable » ; elle évoque cette part que chacun « donne » pour une charge commune. Mais il s’agit bien encore d’un masque lorsque la « contribution sociale généralisée (CSG) » vient encore prélever le petit intérêt que vous avez réussi à gagner sur votre épargne, qui est un rescapé de tout un processus de taxation… La « contribution économique territoriale (CET) » qui sent bon le terroir a remplacé la fameuse « Taxe Professionnelle (TP) » truffée d’allégements fiscaux dérogatoires tellement qu’elle était insupportable et que l’Etat a eu du mal à achever…
Conclusion : il n’y a rien de nouveau sous le soleil, la méfiance envers l’impôt ne disparait pas et le renforcement de la pression fiscale ainsi que la permanence d’importantes inégalités entretiennent un climat de suspicion et de rébellion surtout lorsque le citoyen constate en contrepartie la baisse de qualité des services publiques attendus ou de sa protection sociale.

Le sens de la reliance….

L’épisode de l’écotaxe en Bretagne avec les « Bonnets Rouges » en novembre 2013 fait partie de ces expressions spectaculaires du « ras le bol » fiscal déclenché par des biens pensants déconnectés des réalités territoriales. Le nouvel épisode des « Gilets Jaunes » en novembre 2018 semble naître de cette coagulation de rancœur face aux prélèvements imposés.
Pourtant, si chacun d’entre nous râle lorsqu’il reçoit ses feuilles d’impôt, une saine réflexion nous amène à considérer la nécessité de cette participation sociale sans laquelle aucune société ne saurait perdurer. Cet effort répond à l’article 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 27 aout 1789 : « Tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée. » et l’article 15 de suivre « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration. »

Le respect des fonds publics.

La contribution personnelle aux charges publiques fait partie de la reliance sociale et devrait faire sens. Mais cela exige le respect des fonds publics qui est le don de chacun. Cela implique une analyse pointue de l’efficience des politiques publiques pour éviter les gaspillages dans l’ensemble des collectivités.
En fait, nous attendons toujours la nécessaire grande réforme fiscale. Toujours espérée mais avec méfiance car pour construire une nouvelle maison, il faut des architectes talentueux. Et ce n’est pas le projet de prélèvement à la source (faussement nommé de la sorte à notre avis car il s’agit tout simplement de généraliser le prélèvement automatique semble t-il) qui est là pour nous rassurer.